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Quelques précisions géologiques, partie deux

L'Estérel

Quelques définitions :
- Stratos signifie "armée" en grec, évoquée par les nombreuses cheminées volcaniques.
- Un rift est une profonde fissure du socle, prélude à la formation d'un océan.
- Une caldeira est un chambre magmatique située à quelques kilomètres de profondeur, qui peut se vider partiellement ou en totalité lors des grandes éruptions. Le toit rigide de la chambre (sommet du volcan) s'effondre dans celle-ci en formant une vaste dépression à fond plat, entourée d'une faille en anneau surmontée de falaises. L'effondrement se produit en quelques heures. c'est un événement cataclysmique de grande ampleur.
- Une coulée pyroclastique est un mélange à haute température de gaz volcaniques, vapeur d'eau et particules solides, qui s'écoule à grande vitesse (plusieurs centaines de km/h) au voisinage du sol.
- Une ignimbrite (latin ignis le feu et imber la pluie) est une roche formée de débris de lave acide issus d'une nuée ardente et soudés avant refroidissement, avec un aspect de pierre ponce grise.
Le strato-volcan de l'Estérel se forme au Permien (fin du Paléozoïque, lorsque s'achève la réunion des terres en Pangée), entre 290 et 250 Ma. Pendant 50 Ma une longue phase de distension entre les socles hercyniens des Maures et du Tanneron, crée un réseau de fissures associé à une expansion volcanique de type rift continental dans le Reyran.
La partie Maure Vieille se présente aujourd'hui sous la forme d'une caldeira, mais a été un volcan exceptionnel de type strombolien, en activité pendant 50 Ma : émissions de laves basiques et acides, projections pyroclastiques à grande distance (plaine du Luc, gorges de Pennafort), émission de cendres et argiles (terres rouges jusqu'à Aix en Provence et pélites de Cians et Daluis), activité fluidale ou explosive, déferlantes basales ou nuées ardentes, explosion finale et effondrement en caldeira.

Chronologie
1 - 280 Ma : volcanisme de fissures dans le socle, épanchements de lave rhyolitique en grandes surfaces. Puis phase ignimbritique de laves projetées en aérosol à grande distance.
2 - 270 Ma : phase explosive et déferlantes basales du strato-volcan strombolien en formation. Le gaz magmatique se libère brutalement avec laves et cendres, nuées ardentes, brèches...
3 - 250 Ma : volcanisme pyromidal : le magma pâteux dégazé arrive en surface sans exploser. Formation d'un dôme de pyroméride (verre rhyolitique siliceux). Enfin effondrement du dôme et caldeira.




Les oeufs de bouc

L'un des sentiers conduisant au Mont Pelet de l'Estérel se nomme "chemin des oeufs de bouc". On croît savoir toutefois que ce sympathique ovin ne pond pas d'oeufs. Alors ?
Dans les roches du sentier se trouvent des blocs de gneiss de l'encaissant enchâssés dans la rhyolite et des bombes volcaniques : les oeufs.
Bouc est la déformation française de "bucca", la bouche latine : bouche volcanique ou cheminée.

Le bloc corso-sarde

Au Paléozoïque la Corse est au sud de la chaîne hercynienne (granites, caldeira volcanique du Cinto).
Au début du Mésozoïque (Trias), l'ouverture de la mer Téthys à l'emplacement actuel des Alpes et de la mer Tyrrhénienne, s'accompagne d'ophiolites et de laves en coussins. Ces roches du plancher océanique et leurs sédiments constituent aujourd'hui la plupart des roches du Nord.
À la fin du Mésozoïque (Crétacé supérieur), la remontée vers le nord de l'Afrique et de la plaque ibérique compresse la chaîne pyrénéo-provençale. La Corse et la Sardaigne en font partie par pivotement axé au nord-est de Gênes.
Au début du Cénozoïque, le microcontinent corso-sarde émerge à nouveau mais reste accolé au massif des Maures. Entre l'Eocène 35 Ma et le Miocène 18 Ma, une nouvelle phase tectonique d'extension et de rotation détache la Corse et la Sardaigne vers leur position actuelle. Cette phase de rift (ouverture d'un océan dans le bassin ligure) s'interrompt lors de la crise messinienne 6 Ma (fermeture de la Méditerranée). La séparation arrache une partie de l'Estérel, qui subsiste au nord-ouest de l'île.

Le rocher de Roquebrune sur Argens

Cet ensemble montagneux isolé apparaît comme une extension du strato-volcan de l'Estérel proche, mais il n'en est rien.
Sa formation plus ancienne date du début du Paléozoïque (Silurien 420 Ma). Pendant près de 100 Ma, une couche épaisse de sédiments marins se dépose sur le fond, aujourd'hui plaine de l'Argens. Des plissements de terrain forment alors les Maures, ensuite le Rocher. Au Cénozoïque (Miocène), des mouvements tectoniques le font remonter en surface.
Les roches sont constituées de gneiss, de granite et de lave acide, qu'une quantité inhabituelle d'oxyde de fer colore en rouge. Le Rocher continue à se soulever par isostasie de 2 à 3 mm par an.